HOMMAGE 2022
RENÉ LUSSIER

René Lussier est l’un des plus éminents représentants de ce que l’on appelle, chez nous, la musique actuelle.
Sa musique à lui contient tout ce qui caractérise cette musique-là :
- improvisation
- techniques de jeu étendues,
- instruments inventés, ou détournés,
- musiques ancienne ou contemporaine
- rock,
- jazz,
- folk
- musique hawaïenne
- et chanson dada
Tout ça mélangé, chez Lussier, par un imaginaire virtuose, peut se retrouver sur un même disque, ou dans une même pièce!
René Lussier perfectionne sa pratique plurielle depuis ses débuts professionnels au sein du groupe de rock progressif Arpèges, dans les années 70, mais c’est à partir de 1976 qu’il apparait vraiment sur notre radar en joignant le groupe CONVENTUM aux côté des guitaristes Jean-Pierre Bouchard et André Duchesne et du poète Alain-Arthur Painchaud.
Le groupe pratique déjà cette musique qui trouvera son nom avec le Festival de musique actuelle de Victoriaville en 1983, à la première édition duquel René Lussier participe.
La même année, il est parmi le cofondateur de l’étiquette Ambiances Magnétiques, dont la première publication est une réédition de son premier disque solo, « Fin du travail – version 1 » et qui publie en 1984 les « Chants et danses du monde inanimé », de René Lussier en duo avec le clarinettiste Robert Marcel Lepage.
Lussier a commencé à travailler la compostion de musiques de film en 1977, alors qu’il était avec le groupe Conventum. Depuis ses premières incursions dans le 7e art, Lussier a collaboré à plus de soixante productions cinématographiques avec Roger Cantin, Jacques Leduc, Roger Frappier, Fernand Bélanger, Tahani Rached, Bernard Émond ou Danielle Lacourse, parmi plusieurs autres.
En 1986, le film de Pierre Hébert « Chants et danses du monde inanimé ; Le métro », dont il a fait la musique avec Robert M. Lepage, remporte le prix « Brazowy Smok » à Cracovie, en Pologne. En 1987, c’est au Yorkton Short Film & Video festival, en Saskatchewan, qu’il remporte avec Jean Derome le premier prix musique pour la bande originale du film « Painted landscape of the time : The art of Sue Coe », d’Helen Klodawski.
René Lussier a remporté d’autres récompenses pour l’excellence de son travail, son intégrité artistique et son esprit novateur, comme le Freddie Stone Award à Toronto en 1996, ou le Prix Victor-Martyn-Lynch-Staunton du Conseil des arts du Canada en 2001.
Il a aussi reçu en Europe, en 1989, le Prix Paul-Gilson, de la Communauté des radios publiques de langue française, pour ce que beaucoup de monde considère comme son chef-d’œuvre, « Le Trésor de la langue » une dérive historico-géographique sur la langue d’ici dans laquelle Lussier développait une manière bien à lui de transformer le discours parlé en mélodie instrumentale.
Le disque, sa deuxième production solo, est paru en 1990 chez Ambiances Magnétiques et la version concert, qui allait aussi être présentée en Europe, a été créée au FIMAV en 1991.
En 1996 paraissait le film Le Trésor Archange, de Fernand Bélanger, autour du processus de création de l’œuvre, et en 2007 paraissait chez La Tribu une version en coffret 3 CD.
Au cours de sa carrière, René Lussier a collaboré avec des dizaines de musiciens et musiciennes d’ici et d’ailleurs.
On l’a vu et entendu dans des duos hyper dynamiques :
- avec Jean Derome dans Les Granules
- avec Fred Frith, par exemple de la concert « Nous autres » au Festival de musique actuelle de Victoriaville, en 1986, qui devient le premier disque du catalogue de l’étiquette Disques Victo
- avec Martin Tétreault dans Dur noyau Dur
- avec Pierre Tanguay dans La vie qui bat
- Avec Eugene Chadbourne, avec l’électroacousticien Gilles Gobeil
Et encore tant de collaborations inoubliables, avec
- Les patenteux du Québec
- Les 4 guitaristes de l’Apocalypso Bar
- Le Fred Frith Guitar Quartet
- Avec le poète Patrice Desbiens et le groupe Les Moyens du bord
- Avec Jean Derome et les Dangeureux Zhoms
Et puis avec Pauline Julien, Geneviève Letarte, Fred Fortin, Jérôme Minière, Heiner Goebbels, Montréal Transport Limité, Nébu, ou Les frères Brosse…
Il joue de la guitare, de la batterie, de la basse et du daxophone, un instrument inventé par le musicien allemand Hans Reichel, dont il est l’un des rares virtuoses.
Il est passé maître en matière d’improvisation, et sa musique est jouée par la Société de musique contemporaine du Québec, par le big band du Hard Rubber Orchestra où sur un acousmonium dans un concert de l’ACREQ, et quand il a voulu mettre de la musique dans son Moulin à image pour célébrer le 400e anniversaire de la ville de Québec, c’est vers lui que le concepteur et metteur en scène Robert Lepage s’est tourné.
Ce sont là quelques-unes des raisons pour lesquelles le Gala Alternatif de la Musique Indépendante du Québec souhaite rendre hommage à René Lussier.
Texte de Réjean Beaucage.