C’est difficile pour quiconque n’ayant pas écouté MTV ou les radios universitaires américaines durant les années 80 et 90 de mesurer l’empreinte qu’a laissé Mojo Nixon sur la culture alternative du rock de la fin du 20e siècle. Certains le découvriront grâce à sa collaboration avec Jello Biafra et d’autres en entendront pour la première fois sur la fameuse compilation Rat Music for Rat people III en 1988.
Le 7 février 2024, Neill Kirby McMillan Jr. quittait le building (en fait un bateau de croisière à San Juan, Puerto Rico). Mieux connu sous le nom de son alter ego Mojo Nixon, guitariste, chanteur, acteur, grande yeule, humoriste, animateur de radio, capitaine d’équipe de luge olympique, libertarien de gauche, partyman et punk dans l’âme. Mojo est parti, Mojo est partout.
Considéré comme l’un des premiers à avoir fait du punk acoustique, Mojo Nixon est l’exemple parfait quand on dit que quelqu’un est plus grand que nature. C’est pendant un voyage à vélo psychédélique qu’il a l’illumination qui le baptise Mojo Nixon et qu’il trouve sa voie dans le rock’n’roll roots, le blues, le country et le punk. Avec une drive unique, il va faire son propre chemin au travers les années 80 et 90, marquant indélébilement tous ceux qui ont eu la chance de le croiser sur la route, devant la scène ou à la radio.
Il nait en 1957 dans une petite ville universitaire féconde en rock’n’roll (Dexter Romweber de Flat Duo Jets, Southern Culture on the skids, Superchunk, Polvo et quantité d’autres) appelée Chapel Hill en Caroline du Nord et passe la majorité de son enfance à Danville en Virginie, ou il fit ses classes rock’n’roll et country, avec des diplômes en histoire et en science politique. En 1979, il s’envole pour l’Angleterre pour tente sa chance de percer le milieu punk avec des reprises de rock’n’roll roots, mais sans succès. Il revient l’année suivante à Denver, se joint à Zebra 123 (un band punk) qui s’attire l’attention des Services Secrets américains avec un show appelé The Assassination Ball et dont l’affiche représentait Ronald Reagan et Jimmy Carter avec les têtes qui explosent. En 1981 il déménage ses pénates à San Diego et y rencontre Skid Roper (Richard Banke) en 1983. Ils enregistrent un démo en 1984 et en 1985, ils sont remarqués par Enigma Records, qui publie ce démo en album à la fin de la même année.
Avec comme locomotive Jesus at McDonalds, le roots rock’n’roll avec l’énergie du punk de Mojo Nixon faisait son entrée sur les fameuses campus radios.
Profitant de ce succès, Mojo Nixon et Skid Roper partent en tournée en première partie des Beat Farmers et enchaine rapidement avec un 2e album, Frenzy, paru en 1986, encore sur Enigma Records. La recette demeure la même, sinon que Mojo Nixon pousse encore plus loin sa satire et ça fonctionne. L’improbable « Stuffin Martha’s Muffin » (inspiré d’une animatrice de MTV) suit le chemin de Jesus at McDonalds et le fanbase de Mojo se multiplie conséquemment. Le duo enchaine rapidement avec un EP, Get out of my way, paru également en 1986 et réussis à placer Burn down the malls en rotation à MTV.
L’année suivante, le groupe fait paraitre Bo-Day- Shus!!! qui contient ce qui demeurera la chanson la plus connue de Mojo Nixon, Elvis is everywhere. Grâce à cette chanson, Mojo Nixon se retrouve pour la première fois sur les palmarès nationaux. Le vidéo est placé en forte rotation à MTV, ce qui vaut à Mojo d’être invité régulièrement à leur antenne par la suite pour y faire des rants, présentés lors des pauses publicitaires et éventuellement animer de façon épisodique en 1988.
En 1989, Mojo fait ses débuts au cinéma en incarnant le batteur de Jerry Lee Lewis dans le film Great Balls of Fire. Il lance également Root Hog or Die avec l’incontournable Debbie Gibson Is Pregnant with My Two-Headed Love Child (mettant en vedette Winona Ryder dans le vidéoclip), qui devient un autre succès sur les colleges radio mais MTV refuse de le diffuser, ce qui pousse Mojo à couper les liens avec la chaine musicale. C’est aussi l’ultime album avec Skip Roper, Mojo veut avoir un full band et Skip une carrière solo.
Mojo s’entourera d’un band all-star avec Country Dick Montana (Beat Farmers), John Doe (X), Eric Ambel (Del Lords) et Bill Davis (Dash Rip Rock), pour créer son prochain album, Otis, en 1990. Avec un don pour trouver le sujet pour faire parler de lui, c’est le titre Don Henley must die qui cause une commotion et lui donne une notoriété telle que Don Henley lui-même viendra éventuellement le rejoindre sur scène pour interpréter avec lui ce « hit ».
La faillite de Enigma Records après la sortie de l’album vient cependant couper son élan et laisse le catalogue de Mojo dans les limbes pour un moment. Une compilation de l’époque Mojo Nixon et Skip Roper, Unlimited Everything, rattrape la situation en partie, l’album Otis n’y est pas.
Il signe avec Triple X pour un album de Noël, avec son band maintenant nommé les Toadliquors, mais ce n’est pas la meilleure façon d’embarquer dans l’univers de Mojo Nixon. Sans étiquette de disques, Mojo participe à quelques side-projects, dont le fameux album Prairie Home Invasion et le EP Will the fetus be Aborted? avec Jello Biafra, paru sur Alternative Tentacles en 1994. 1994)
Il tournera également dans quelques navets dont Super Mario Bros, avant de revenir sur album avec son propre label en 1995, avec Whereabouts Unknown, mention spéciale pour la pochette « maison ». Mojo y place le son du reste de son répertoire, toujours à fond mais avec un penchant outlaw country plus présent, sans être moins rock ou punk, pas tout à fait rockabilly ni psychobilly, bref, du Mojo.
Le temps d’être le capitaine d’honneur de l’équipe de luge olympique en 1998, d’animer à la radio et de faire la voix dans un jeu vidéo controversé Redneck Rampage, il signe avec Shanachie en 1999 pour son album le plus clean de sa carrière, Sock Ray Blue.
Il annonce prendre sa retraite en 2004, mais revient en 2008, fait paraitre un nouvel album en 2009, Whiskey Rebellion, son plus éclectique, et son dernier. Il s’investit plutôt dans son show sur Sirius XM, l’émission Outlaw Country et la croisière annuelle du même nom, où il se produit à l’occasion. C’est justement au lendemain d’un set endiablé durant la croisière que Mojo Nixon rendra son dernier souffle.
En 2020, la discographie complète et plus est regroupé sous le nom The Mojo Manifesto : The original album collection et constitue la collection définitive de son œuvre, qui se décline en 10 volumes. En 2022, c’est le documentaire Mojo Manifesto : The life and time of Mojo Nixon qui est présenté en première à SXSW, et ensuite disponible sur Prime en 2023, tout un timing.
Il aura au moins eu le temps de voir tout ça et de mettre un point final à sa façon à une carrière et une vie qui fut tout sauf plate.
Bande annonce du documentaire
https://www.imdb.com/title/tt11916334/
Photo by Scott Ambrose Reilly
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